Séance 1

Qu’est-ce que le développement international?

Qu’est-ce que le sous-développement?

À partir de là, et à la suite de nombreuses critiques s’élevant contre l’emploi du terme « sous-développement », dont certaines feront valoir que le revenu monétaire n’est pas un critère suffisant ou que le terme même était péjoratif, de nombreuses autres expressions se succéderont pour tenter de qualifier un tant soit peu plus finement ce dont il était question. À compter des années cinquante, ère de la première grande vague d’indépendance de nombreuses colonies autrefois sous le joug de puissances européennes (un thème que nous étudierons plus en profondeur à la prochaine séance), de nouveaux termes verront le jour et se succéderont. Nous passerons tour à tour de « pays sous-développés », appellation jugée paternaliste, voire dégradante par plusieurs, à « Tiers Monde », « pays en voie de développement », « Sud » et « Sud global ».

À l’heure actuelle, ces termes cohabitent et ponctuent les médias, les énoncés politiques et les discours populaires. Aucun de ces termes n’est neutre ou désintéressé, et ils ne peuvent pas forcément être considérés comme synonymes.

Un article de L'Observateur intitulé « Trois mondes, une planète ».
Source : Wikimedia Commons (consulté le 1er février 2015).

Tiers monde

L’expression Tiers Monde, par exemple, est apparue dès 1952 sous la plume du démographe français Alfred Sauvy, pour qualifier cet ensemble de pays pauvres se situant en dehors du découpage politique caractérisant le monde international de l’après-guerre (1945-  ) à la chute du mur de Berlin (1989). Tiers monde, car celui-ci ne se situe ni dans le camp des démocraties capitalistes (menées par les États-Unis au sortir de la guerre) ni dans celui des régimes socialistes (dirigés par l’ex-Union soviétique). Aussi Tiers Monde, car une neutralité est revendiquée dans un tel découpage et un droit à ne pas être « aligné » sur une ou l’autre superpuissance. Le terme prendra rapidement une signification très politique, pour exprimer l’idée d’une unité dans le nombre comme la revendication d’une voie alternative, avec le Mouvement des pays non-alignés qui naîtra au milieu des années cinquante à Bandung.

À propos du sous-développement

Le Guyanais Walter Rodney, homme politique, historien et militant afrocentriste, marxiste et anticolonialiste, explique dans cet ouvrage publié en 1973 ce que sont le développement et le sous-développement. Une référence idéale pour s’imprégner du momentum politique militant de l’époque :

Rodney, Walter (1986) Et l’Europe sous-développa l’Afrique : Analyse historique et politique du sous-développement, traduit de l’anglais par Catherine Belvaude. Paris : Éditions Caribéennes.

Aujourd’hui, ce terme pourtant fort populaire à son époque n’a plus nécessairement sa portée revendicative d’antan. Depuis un certain temps déjà, il a glissé vers des significations plus péjoratives, pour équivaloir à pays pauvre, voire à l’idée de misère crasse. Cet usage n’est pas celui de tous, bien entendu, car certains préfèrent encore utiliser le terme pour souligner le caractère politique de l’ensemble qu’il englobe, tandis que pour d’autres, il a un usage plus strictement économique. Est Tiers Monde là où se concentre la pauvreté dans le monde, soit en dehors des pays dits développés ou à économies avancées.

Ainsi, et de primitif à sous-développement, pour passer par Tiers Monde, le vocabulaire en matière de développement s’est petit à petit enrichi de nombreuses autres expressions qui ont permis de réduire les stéréotypes pour leur préférer de nouvelles nuances. De toutes celles-là, laquelle choisir ?

Ce que les spécialistes en disent

Actuellement, les expressions les moins problématiques incluent celles de « pays en voie de développement », ce qui constitue une légère amélioration par rapport au terme « sous-développement » (la première renvoyant à un processus en cours, plus complexe à mesurer, la seconde à un état diagnostiqué, mesurable), « pays du Sud » ou encore « Sud global ». De l’autre côté, le terme « pays développés » s’est aussi progressivement bonifié en des termes plus nuancés. Par exemple, on dira du Canada qu’il fait actuellement partie des pays ou du monde industrialisé ou qu’il constitue une économie avancée. Bien sûr, certains continueront d’employer des expressions d’antan (par exemple, celles de pays développé, civilisé et tous leurs contraires), mais la norme parmi les spécialistes est désormais au choix de termes moins réducteurs que ceux du développement et son exact opposé ‒ l’absence ou l’insuffisance de développement.

Sud et Sud global

De nombreux groupes de recherche et regroupements d’ONG privilégient actuellement les termes de « Sud » et « Sud global » (ce dernier surtout dans les milieux anglo-saxons). Parmi ceux-là, consultez les pages de :

Dans les sciences sociales actuelles et dans le domaine des études du développement plus particulièrement, ce sont les expressions Nord/Sud et pays en voie développement/pays émergents/pays industrialisés, qui ont tendance à primer sur toutes les autres.

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