Séance 1

Qu’est-ce que le développement international?

Développement : éclosion ou croissance?

Enjeux et défis du développement
Source : Lefty Parent : « My Real Issue is Human Development »
(consulté le 3 avril 2018).

Nous voilà prêts à partir. Commençons par le commencement : que signifie le terme « développement »?

Développer est issu de l’ancien français desvoleper, un terme employé à compter du XIIe siècle pour signifier l’action ou le processus de sortir quelque chose ou quelqu’un de ce qui l’enveloppe. Plus près de nous, c’est à compter de la fin XVIIIe et surtout des lendemains de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) que l’idée du développement comme croissance ou progression plutôt que comme éclosion (ou une sorte de déballage pour se défaire d’une quelconque enveloppe) prend véritablement son essor.

Si vous revoyez l’image présentée dans l’introduction, ces deux significations y sont décelables. L’image est à lire de gauche vers la droite. Nous y avons en effet l’idée d’une naissance : pour que l’enfant puisse atteindre un stade de maturité, il doit d’abord sortir de son enveloppe, dans l’image, le ventre maternel, et dans nos termes, la coquille ou l’enveloppe. Nous avons aussi dans cette image, en deuxième lecture, l’idée d’une progression, de l’enfant in utero, enroulé sur lui-même à l’adulte pleinement érigé. Ceci serait pour symboliser l’idée du développement comme croissance, comme épanouissement vers un stade mature et autonome.

Deux significations

Dans la perspective des sciences sociales, la première signification (le développement comme éclosion), plus statique, renvoie notamment à l’idée qu’il existait des sociétés primitives, archaïques ou « arriérées », engoncées dans des pratiques et des normes (leur « enveloppe » en quelque sorte) ne leur permettant guère d’accéder à la modernité. Ces sociétés n’avaient pas encore éclos; elles ont en l’occurrence été longtemps considérées par les premiers anthropologues comme étant prémodernes, voire en dehors de toute comparaison avec le monde moderne de l’Europe civilisée. Les sociétés étaient soit développées, soit non développées. En fait et durant l’époque des colonies, et allant jusqu’au début du XXe siècle, le terme même de développement était fort peu en circulation (nous verrons cet aspect plus en profondeur à la prochaine séance).

La seconde signification (le développement comme progression), pour sa part, suggère désormais, dans une perspective légèrement plus active, que les sociétés peuvent être caractérisées selon qu’elles sont peu ou bien développées, ou qu’elles ne le sont pas du tout, c’est-à-dire qu’elles se situent sur une sorte d’échelle mesurant leur degré d’avancement et, surtout, qu’elles sont orientées vers leur pleine maturation (l’état de société ou pays développé). Nous sommes donc passés d’une vision voyant les sociétés comme écloses (ou pas), c’est-à-dire sorties de leur enveloppe, à une vision plus processuelle les entrevoyant désormais sur une échelle graduée allant du sous-développement au plein développement. C’est une vision surtout datée de l’après-guerre. Dans cette dernière perspective, nous avons encore une métaphore biologique définissant les sociétés comme des organismes vivants que l’on peut qualifier d’embryonnaires, du stade infantile ou pleinement adultes, voire achevés.

Jusqu’ici, pensez-vous, ce ne sont que des termes, et surtout, en quoi posent-ils ou non problème?

Fondamentalement, le terme même de développement pose une mesure à partir de laquelle on peut distinguer ce qui est développé de ce qui ne l’est pas, ou ce qui est encore en voie de l’être. Or c’est aussi un terme qui a pris toute sa signification dans le contexte du monde international de l’après-guerre. Il vient désigner certaines régions du monde comme étant « sous-développées », soit n’ayant pas atteint le niveau d’organisation infrastructurelle (routes, aéroports, ponts, transports, bâtiments), de production matérielle (agriculture, manufacture, services) et de revenu global qui caractérise d’autres régions du monde désormais dites « développées » comme l’Europe ou l’Amérique du Nord. Traditionnellement, c’est la mesure du produit intérieur brut (PIB), soit la somme des biens et services produits par une économie donnée, qui indique le niveau de développement d’un pays donné. Plus simplement, c’est donc le revenu matériel d’un pays donné qui est généralement retenu comme critère ultime du développement ou de son absence.

Qu’est-ce que le PIB ?

Le terme PIB vous laisse songeur? Vous rencontrez d’autres termes techniques comme « coefficient de Gini », IDH ou « développement durable »? Vous sera judicieuse la lecture du cahier de recherche suivant, disponible en ligne, de Renaud Gignac et Philippe Hurteau (2011) Mesurer le progrès social : vers des alternatives au PIB. Montréal : Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

Ainsi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, nous assistons à la mise en place d’une véritable vision du monde consacrant la supériorité du monde développé tout en sous-classant une vaste majorité de sociétés et de régions nouvellement définies comme étant dans un état embryonnaire, non achevé, c’est-à-dire non ou sous-développé. Cette vision pour le moins paternaliste signifiait par exemple qu’il était désormais acceptable d’infantiliser des populations et des régions entières (considérées comme insuffisamment développées), et dont il s’agissait d’encourager ou d’accompagner la maturation. Cette vision signifiait aussi que le monde des colonies et des ex-colonies européennes en Afrique, en Asie ou dans les Amériques, partageait désormais une même étiquette, une même identité commune, celle d’être en dehors du monde développé, et cela quel que soit leur stade ou degré de développement respectif.

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